Les hommes de Lettres

carnetLes hommes de Lettres qui ont connu la Guerre de 14-18.Leurs vies et leurs écrits ont été marqués par les violences subies ou vues. Dans les extraits choisis par Michel Cécé on perçoit combien les hommes ont pu être traumatisés; leur refus de cette guerre devenant de plus en plus absurde au fil des années. L’écriture est apparue comme un refuge au cœur des ténèbres, puis comme un média de révolte appelant à la paix.

 

 

AlainApollinaireAragonBarbusseBarthasCélineCendrarsDorgelèsDrieu de la RochelleDupinÉluardGenevoixGionoJüngerLégerRilke
Image 1Alain, Émile-Auguste Chartier

1868-1951

À l’approche de la guerre, Alain milite pour le pacifisme. Lorsque celle-ci est déclarée, sans renier ses idées, et bien que non mobilisable, il s’engage, fidèle à un serment prononcé en 1888 (il avait jugé injuste d’être dispensé de service militaire, et avait juré de s’engager si une guerre survenait), et ne supportant pas l’idée de demeurer à l’arrière quand les « meilleurs » sont envoyés au massacre. Brigadier au 3e régiment d’artillerie, il refuse toutes les propositions de promotion à un grade supérieur. Le 23 mai 1916, il se broie le pied dans un rayon de charrue lors d’un transport de munitions vers Verdun. Après quelques semaines d’hospitalisation et de retour infructueux au front, il est affecté pour quelques mois au service de météorologie, puis il est démobilisé en 1917.

apollinaire soldatGuillaume Apollinaire

1880-1918

Il fut blessé à la tempe par un éclat d’obus le 17 mars 1916, alors qu’il lisait le Mercure de France dans sa tranchée. Évacué à Paris, il fut trépané le 10 mai 1916. Affaibli par sa blessure, Guillaume Apollinaire mourut le 9 novembre 1918 de la grippe espagnole. Il fut enterré au cimetière du Père-Lachaise à Paris alors que, dans les rues, les Parisiens célébraient la fin de la guerre.

aragon1Louis Aragon

1897-1982

Il n’a que 16 ans quand éclate la guerre. Il est mobilisé en 1917 et est incorporé en tant que médecin-auxiliaire au 355e régiment d’infanterie en 1918. Il se trouve alors près de Soissons où il est enterré vivant à trois reprises, puis il suit la contre-offensive alliée sur le Chemin des Dames en septembre 1918. C’est là qu’il commence son premier roman Anicet. Il évoquera cette expérience du front à travers la fiction comme dans le roman Aurélien.

1312408-Henri_BarbusseHenri Barbusse

1873-1935

En 1914, âgé de 41 ans et malgré des problèmes pulmonaires, il s’engage volontairement dans l’infanterie (malgré ses positions pacifiques d’avant-guerre) et réussit à rejoindre les troupes combattantes en

Image 2Louis Barthas

1879-1952

À la déclaration de guerre, Louis Barthas était tonnelier à Peyriac-Minervois et il reprit ce même métier après l’armistice. Militant socialiste, il avait participé dans sa région à la création du syndicat des ouvriers agricoles et partageait les idées pacifiques de Jean Jaurès. Mobilisé au 280e régiment d’infanterie de Narbonne avec le grade de caporal qu’il conserva pendant la durée du conflit. En décembre 1915, il rejoint le 296e régiment d’infanterie, puis le 248e régiment d’infanterie en novembre 1917. Durant quatre ans, il combattit dans les secteurs les plus dangereux du front : Notre-Dame-de-Lorette, Verdun, la Somme et le Chemin des Dames et il sortit totalement épuisé de ses années de guerre.

Il a écrit ses expériences de guerre dans un journal personnel très apprécié, préfacé par Rémy Cazals en 1977 sous le titre Les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier, 1914-1918 (Éditions François Maspero, Paris. Disponible sur Gallica : ajouter le lien

Image 7Louis-Ferdiand Céline

1894-1968

En 1912, âgé de 18 ans, il devance l’appel et s’engage dans l’armée française pour trois ans. C’est à Rambouillet, au 12e régiment de Cuirassiers, qu’il effectue ses classes. Il est nommé Brigadier le 5 août 1913 puis Maréchal des Logis le 5 mai 1914. Lorsque la guerre est déclarée, il part en Lorraine avec le 12e régiment de cuirassiers. À la différence d’autres auteurs comme Maurice Genevoix, Céline n’a pas tenu de journal de guerre, mais il s’inspire des apports de sa mémoire, d’associations d’idées, pour créer son chef-d’œuvre Voyage au bout de la nuit. Volontaire pour assurer une liaison risquée dans le secteur de Poelkapelle dans les Flandres, entre le 66e et le 125e régiments d’infanterie, Céline est blessé par balle au bras droit. Opéré à Hazelbrouck, il est envoyé à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris et devient médaillé militaire le 24 novembre, avant de recevoir la croix de guerre avec étoile d’argent. Inapte au combat, il est réformé après avoir été déclaré handicapé en raison des séquelles de sa blessure.

Après la guerre, il prépare le baccalauréat, qu’il obtiendra en 1919, puis poursuit des études de médecine de 1920 à 1924.

Image 10Blaise Cendrars

1887-1961

Dès le début de la guerre de 14-18 il s’engage comme volontaire étranger dans l’armée française avant d’être versé dans la Légion étrangère. Son régiment est dissous en juillet 1915 et il est alors affecté au 2e Régiment de marche du 2e régiment étranger. Le.

Il écrira sur cette expérience, son premier écrit en prose de la main gauche : La main coupée. Le

Image 9Roland Dorgelès

1885-1973

En 1914, bien que deux fois réformé précédemment pour raison de santé, il s’engage en se faisant appuyer par Georges Clemenceau, son patron au journal L’Homme libre. Il est affecté au 74e régiment d’infanterie de ligne de Rouen le 21 août 1914. Il combat en Argonne et au nord de Reims; puis passe au 39e régiment d’infanterie de ligne. Il participe aux combats du bois du Luxembourg en février 1915, à la Deuxième bataille d’Artois dans le cimetière de Neuville-Saint-Vaast en juin 1915 entre autres. Il devient élève pilote, est nommé caporal et décoré de la Croix de guerre. En 1917, il entre au Canard enchaîné. Il publie dans ce journal un roman satirique intitulé La Machine à finir la guerre. Il écrit des articles de la même veine et dans le même journal entre 1917 et 1920.

Image 11Pierre Drieu de la Rochelle

1893-1945

Après son échec à l’examen de sortie de Science-Po en 1913, il devance l’appel en rejoignant le 5e RI en garnison à Paris.Le 5e RI est ainsi engagé dans la bataille des frontières. Quittant Paris le 6 aout 1914, le régiment s’achemine vers la frontière belge.L’assaut dans la plaine de Charleroi deux jours après est mis en déroute par l’ennemi, Drieu blessé à la tête par un shrapnel, est évacué. Il est à nouveau blessé en octobre 1914, atteint par la dysenterie en 1915 il est évacué avant l’assaut sur la presque-île de Gallipoli puis rapatrié à Toulon.Lorsqu’éclate la bataille de Verdun, il vient d’être versé dans la 9e Compagnie du 146e RI, sérieusement blessé au bras, le tympan crevé, il est évacué vers l’arrière et déclaré inapte au combat. Il est affecté en décembre 1916 auprès de la 20e section des secrétaires de l’Etat Major à l’hôtel des Invalides.À la fin de l’année 1917 une commission qui le déclare apte à servir, i est ainsi affecté à la fin de l’été 1918 comme interprète auprès d’un régiment américain – il qualifie lui-même sa position de « demi-arrière ».

Image 12Jules Dupin

1890-1915

Dupin a 24 ans quand il effectue son service militaire au 30e bataillon des chasseurs alpins à Grenoble lorsque la guerre éclate le 2 août 1914. Le 10, le bataillon part pour les Vosges.

Le 26 juillet, il est frappé à la tête et s’effondre sur le coup, après avoir enlevé avec sa section la crête de Lingekopf.

img038Paul Élaurd, Paul Eugène Grindel

1895-1952

Sur cette photographie, Éluard pose avec ses parents. Il a 20 ans, son père 44, tous les deux portent le costume militaire car ils ont été incorporés dès 1915 pour prendre part au conflit armé de la Première Guerre mondiale. Rapidement classé auxiliaire en raison de sa santé précaire, cette époque est fondatrice pour lui. Dans sa correspondance on voit combien sa vie affective et sa carrière se mêlent et le construisent. Il épouse en 1917 Gala, qu’il a rencontré dans un sanatorium suisse quelques années plus tôt, cette même année il signe du nom d’Éluard son premier recueil Le devoir et l’inquiétude, suivi de Poèmes pour la Paix en 1918. Pour lui aucune cause ne vaut qu’on meure pour elle, les violences meurtrières de la guerre sont absurdes, ainsi sa poésie professe son désir d’un monde où la bonté et la beauté sont érigées en valeurs universelles.

genevoix Maurice Genevoix

1890-1980

Il est mobilisé lors de la Première Guerre mondiale, le 2 août 1914, et sert comme sous-lieutenant dans le 106e régiment d’infanterie. Sa division, la 12e DI, appartient à la IIIe armée commandée par le général Ruffey. Il participe à la bataille de la Marne et à la marche sur Verdun. En février 1915, la 12e division est envoyée à l’assaut pour reprendre le village des Éparges. Pendant plusieurs mois, le commandement français tente de tenir les positions conquises. C’est tout à la fin de cette bataille que Maurice Genevoix est très grièvement blessé de trois balles en avril 1915 sur la colline des Éparges. Il est soigné sept mois durant, conduit d’un hôpital à l’autre. Il doit peut-être en partie sa survie à sa remarquable condition physique. Les blessures reçues au bras et au flanc gauche le marquèrent pour le restant de sa vie. Il est réformé à 70 % d’invalidité et perd l’usage de la main gauche.

Il retourne alors à Paris où il assure un service bénévole à la Father’s Children Association, logeant à l’École normale. Le directeur de l’école, Gustave Lanson, lui propose de reprendre ses études afin de présenter l’agrégation. Maurice Genevoix refuse afin d’entreprendre la rédaction de son témoignage de guerre.

gionoJean Giono

1895-1970

En 1915, pendant la Première Guerre mondiale, son entrée en guerre, au cœur d’une des batailles les plus terribles du conflit, le traumatise. Son meilleur ami et nombre de ses camarades sont tués à ses côtés. Lui n’est que « légèrement » gazé. Il reste choqué par l’horreur de la guerre, les massacres, la barbarie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, et il devient un pacifiste convaincu.

JungerErnst Jünger

1895-1998

Il se porte volontaire dès que l’empereur Guillaume II (le troisième et dernier empereur allemand et le neuvième et dernier roi de Prusse) ordonne la mobilisation en août 1914. Il participe, comme de nombreux autres compatriotes, avec ardeur et enthousiasme à la Première Guerre mondiale. Promu sous-officier, puis officier (lieutenant), il est blessé quatorze fois et reçoit, quelques semaines avant la fin de la guerre, la plus haute décoration allemande, la croix « Pour le Mérite ».

Il raconte après guerre son expérience de la guerre des tranchées, comme simple soldat d’abord, puis comme officier des Sturmtruppen, ancêtres de commandos, dans le livre Orages d’acier publié à compte d’auteur en 1920 sur les conseils de son père. Il y décrit notamment les horreurs vécues, mais aussi la fascination que l’expérience du feu a exercé sur lui. Ce livre connut un grand succès auprès du public et reste aujourd’hui encore son livre le plus lu. André Gide écrit : « Le livre d’Ernst Jünger sur la guerre de 14, Orages d’acier, est incontestablement le plus beau livre de guerre que j’ai lu, d’une bonne foi, d’une honnêteté, d’une véracité parfaites ».

legerFernand Léger

1881-1955

Mobilisé alors qu’il bénéficiait déjà de la notoriété toute neuve de l’Avant-Garde des Picasso, Delaunay, Braque ou encore Zadkine, Fernand Léger tombe du jour au lendemain dans l’enfer de la guerre

Brancardier, pendant près de quatre ans. Envoyé sur le Front, alors qu’il pensait pouvoir rejoindre la section de camouflage des Armées, le peintre Fernand Léger, va faire de 1914 à 1917 l’expérience douloureuse de la guerre en direct. Pendant que le Cubisme, dont il est l’un des pionniers, est utilisé par les camoufleurs pour tromper l’ennemi, que les artistes de sa génération ont presque tous intégré cette section, Léger, lui, a les pieds dans la boue et marche sur les débris humains.

rilkeIRainer Maria Rilke

1875-1926

Mobilisé en 1916, il est affecté au service de presse au ministère de la Guerre à Vienne. Libéré de ses obligations militaires en juin de la même année, il retourne à Munich, qu’il quitte en 1919 pour la Suisse.